
Plaque commémorant Pierre Viret, à l'église St-François, Lausanne, inaugurée le dimanche, 19 juin 2011.

« Ce grand homme a contribué d’une manière déterminante à l’élaboration et à la construction de l’âme de ce pays »: Daniel Brélaz, syndic de Lausanne, lors de l'inauguration de la plaque.
| Réformateur vaudois, très actif en Suisse romande et en France, Pierre Viret (1511-1571) avait aussi des relations à Zurich, Bâle et Strasbourg. Berne avait pour lui de l’estime. En l’année 2011, des spectacles, des expositions, des colloques et différentes publications marquent le 500e anniversaire de sa naissance. – Par Georges Besse. Sa vie en résumé Né à Orbe, en Pays de Vaud, étudiant à Paris, progressivement acquis à la Réforme, Viret revient à Orbe au printemps 1531, au temps où Guillaume Farel cherche à se faire entendre. Agé d’à peine 20 ans, Viret prend la relève. Une assemblée gagnée à l’Evangile, mais encore minoritaire, se rassemble autour de lui. C’est ainsi que la ville d’Orbe, bailliage commun de Berne et Fribourg, va faire l’expérience de la mixité religieuse durant une bonne vingtaine d’années. Cependant Viret n’est pas encore fixé à une communauté déterminée. Dans les premières années de son ministère, il exerce successivement à Grandson, Payerne, Neuchâtel et Genève. C’est lui qui célèbre à Genève, en 1534, le premier baptême réformé. Lausanne (1536-1559) La conquête du Pays de Vaud par les Bernois lui ouvre les portes de Lausanne. Il prend une part active à la Dispute de religion, du 1er au 8 octobre 1536, à la cathédrale. Premier pasteur de la ville, dès 1537, il apparaît de plus en plus comme l’interlocuteur privilégié de LL.EE. en leurs terres francophones. Il travaille avec énergie à l’organisation de la Réforme, prêche, enseigne, écrit beaucoup. Dès la création de l’Académie, en 1537, on lui confie une chaire de professeur. Il est en relation soutenue avec Calvin, que les Bernois n’aiment pas, et avec Farel, devenu pasteur de Neuchâtel. L’exemple de Genève le convainc qu’une Réformation véritable n’est possible que grâce à l’instauration d’une discipline d’Eglise, d’une discipline de la Cène en particulier. C’est ce qui provoque, entre lui et le Conseil de Berne, une crise aboutissant à son bannissement des terres bernoises et son départ pour Genève. Viret, l’exilé Genève, qui l’a accueilli très favorablement, doit le libérer au bout de deux ans pour raison de santé. Il se retire dans le midi de la France : Nîmes, Montpellier. Lyon le retient. Il préside le synode national des Eglises réformées de France en 1563. Il écrit plusieurs ouvrages, dont l’Interim, le dernier. En 1565, un édit royal chasse du royaume tous les pasteurs étrangers. Viret aboutit dans le petit royaume de Béarn, au pied des Pyrénées, et participe à l’organisation de la Réforme. A sa mort, la reine Jean d’Albret, mère du futur roi de France, Henri IV, déclare : « Entre les grandes pertes que j’ai faites, durant et depuis les dernières guerres, je mets au premier lieu la perte de Mons.Viret que Dieu a retiré à soi ». L’Interim et la coexistence des religions A Orbe, puis à Lyon, Viret s’est trouvé en situation de mixité religieuse. Rien d’étonnant s’il s’est interrogé sur le meilleur comportement à adopter dans cette situation. C’est le sujet de son dernier livre, dédié à l’un des principaux chefs du parti protestant, l’amiral Gaspard de Coligny. Viret oeuvre à Lyon quand s’achève la première guerre de religion. Période d’apaisement relatif. Certains voudraient déjà reprendre la lutte. On s’observe avec méfiance. Viret, bien convaincu qu’il ne peut y avoir qu’une seule véritable Eglise de Jésus-Christ, fondée sur le roc de la Parole de Dieu, estime cependant que cet apaisement est bénéfique aux uns comme aux autres. Mais comment juger de la situation et en tirer le meilleur ? Qu’on ne fasse aucune confiance, dit-il, à ceux qu’il appelle les moyenneurs, ceux qui, pour avoir la paix, oublient que la Parole de Dieu s’oppose aux mélanges ! Qu’on se garde aussi des transformateurs ! Ils font passer la Réforme pour une nouvelle religion. Ils excitent les princes en leur faisant croire que le moindre changement est synonyme de révolte. Viret s’oppose aux libertins. Pour eux, la paix entre les confessions devient prétexte à croire n’importe quoi et à vivre n’importe comment. L’histoire a aussi suffisamment montré que les persécuteurs n’arrivent à rien, sinon à fortifier la foi des fidèles. Reste une dernière voie : celle des modérés. Elle consiste à privilégier le glaive de la Parole pour combattre les erreurs et restaurer la véritable Eglise de Jésus-Christ. Les réformés, qui ont été si pressés d’abattre les images dans les églises devraient commencer par combattre les erreurs dans leur propre cœur. Si l’on a le bonheur de vivre un temps de paix relative, que ce soit pour prêcher et recevoir plus et mieux la Parole de vérité. Mais qu’on se souvienne que l’Evangile n’est jamais sans la croix ! Pour conclure L’Interim est un témoignage de la modération de Viret. Certes, le Réformateur ne perd jamais la perspective d’une Eglise unique, la seule véritable, fondée sur la Parole de Dieu, mais sa connaissance approfondie de la Bible, aussi bien que l’expérience, lui a montré à l’évidence qu’on ne persuade personne par la force et que les meilleures réformes ne peuvent être adoptées et comprises qu’avec le temps. Aussi le fond de sa pensée est assez bien résumé dans les lignes suivantes de l’ouvrage : « Combien que, de mon naturel, j’aie toujours aimé la paix et aie toujours eu en horreur toutes dissensions et troubles, toutefois la connaissance qu’il a plu à Dieu me donner de sa parole déjà dès ma jeunesse et l’expérience qui a été conjointe à cette connaissance, spécialement depuis qu’il lui a plu m’appeler au ministère de son saint Evangile, m’ont beaucoup incité davantage à toujours étudier à paix et concorde et à mieux considérer ce que Jésus Christ dit : Bienheureux sont ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés enfants de Dieu … Il ne faut donc pas tirer par force les superstitieux et les idolâtres, mais il les faut gagner par bonne doctrine et bons exemples (Interim, édition Mermier, 1985, p.8,253). |